l’eſtroitte amitié qu’ils ſe portoient l’vn l’autre. Mais il auint que Mars s’amuſant trop long temps à la beſongne, Gallus s’endormit ; ſi que le Soleil ſuruenant ſans eſtre deſcouuert, vid ce qui ſe paſſoit, & en donna auis à Vulcan. Transformation de Gallus en coq.Or Gallus fut ſi bien chaſtié de Mars, qu’il fut transformé en vn oiſeau de meſme nom, qui eſt le Coq, & pourtant il denonce encore pour le iourd’huy la venuë du Soleil au poinct du iour, la chantant ſi haut qu’il peut, comme s’il vouloit admoneſter Mars de ſe donner garde d’eſtre derechef ſurpris auec ſa Venus par la venuë du Soleil. Ainſi donc le Soleil ayant deſcouuert leurs amours, & aduerty Vulcan ; cettuy-cy fit vn filé de fer ſi ſubtil & ſi delié, qu’on ne le pouuoit veoir, & le tendit tout autour du lict, auquel ils dormoient amoureuſement : puis les ayant ainſi tous nuds couuerts comme perdreaux ſous la tiraſſe, les expoſa en riſee à toute la cour celeſte. Ce que touche Ouide au deuxieſme liure de l’art d’amour.

La fable que l’on conte eſt bien aſſez connuë, De Mars ſurpris auec ſa Venus toute-nuë, Lors que le Forgeron en vn ſubtil filé Les eut à leur deſceu par cautelle enfilé.

Ce qu’il deſcrit bien au long au 2. des Metam. Homere auſſi faict ce conte bien amplement au 8. de l’Odyſſee. De cet adultere naſquit Hermione, Deeſſe tutelaire, comme dit Plutaque en la vie de Pelopidas. Enfans de Vulcan.Les enfans de Vulcan furent Ardale, qui baſtit à Trœzene vne ſale baſſe pour les Muſes, & fut inuenteur de la fluſte & du flageollet. Brothee, qui ſe voyant mocqué de tout le monde à cauſe de la laideur de ſa bouche, ſe ietta dans le feu, aimant mieux mourir que de ſe voir toute ſa vie expoſé à la riſee d’vn chacun. Corynet, Æthiops, qui fit porter ſon nom aux Æthiopiens, au lieu qu’on les nommoit auparauant Ætheriens, comme dit Ariſtote au 4. liu des riuieres : Olene, du nom duquel fut nommee vne ville de Bœoce : Albion, Morgion, Ægypte, dont l’Ægypte a pris ſon nom, Peripheme, Erichthon, & pluſieurs autres qu’il eut de diuerſes Deeſſes & femmes auec leſquelles il coucha.

Expoſition phyſique de la fable de Vulcan.Voila pour la pluſpart ce que les Anciens ont conté de Vulcan. Cherchons maintenant ce qu’ils y ont enuelopé. Premierement il ne peut eſtre que Vulcan, qui, comme dit Platon au Cratyle, preſide ſur la lumiere, ſoit à l’improuiſte né de Iunon ſeule ſans operation de maſle. Car outre ce que telle conception n’eſt iamais auenuë aux femmes, qui lors que Venus les chatoüille ſçauent fort bien trouuer medecine propre à leur mal, ſi Vulcan eſt le feu meſme qui s’engendre de Iunon, qui eſt l’air, ſelon que les Philoſophes nous enſeignent que telle eſt la nature des elemens de ſe procreer l’un l’autre : certes le feu ne peut rien engendrer de l’air que par le moyen de la chaleur