Jean Arabia

67, rue de Billancourt

BOULOGNE

(Seine)

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Mon cher Jean Paulhan,

Voici plusieurs jours que je veux vous écrire pour vous remercier de votre Petite Préface à toute critique.

Je ne l'ai fait plus-tôt, espérant vous donner des nouvelles du manuscrit. Mais Buchet n'écrit toujours pas – Attendons encore : la patience est un joli dévergondage que j'ai réussi à acquérir avec l'âge.

Parmi tout ce que j'ai perdu de ma jeunesse – c'est toujours ça de gagné….

J'ai eu plaisir diabolique à lire votre méthode. Tout ce que vous dites du langage est vrai : ils parlent toujours de querelles de mots et à grands moulinets de paroles écrites ou parlées ‑ même au boudoir des belles quand s'amoncelle le givre des tempêtes, avant le rompre définitif – il s'agit toujours de querelles de pensées.

Comme vous le précisez, fort à propos, nos philosophes ne sont pas exempts de cette épidémie, coqueluche de pas mal de nos littérateurs, et jusqu'à l'inabordable, de nos politiques.

Cette aventure du « Pyroscaphe », placée au centre de votre méthode, illustre, fort clairement, tout ce que le « point d'accomplissement » peut avoir de nébuleux pour ces bons messieurs de la gent copiste ou pondeuse, encore et pour longtemps à tâtons au gré des ténèbres.

Ce qui m'a paru absolument accompli en votre ouvrage, c'est le passage, sans avoir l'air d'y toucher, de la théorie à la pratique : c'est la meilleure des passions des maîtres-d'œuvre, et cela me donne toujours envie de témoigner de ma satisfaction.

Les points sur les I à M. André Rousseaux : c'est de l'or d'orfèvre pur… l'or en lingot : quelle dérision.