C'était cela qui comptait avant tout pour lui : que devenait cet édifice dont il avait été la clé de voûte pendant cinquante ans ? Du monde entier, fidèles à la générosité affectueuse de leur maître, d'anciens élèves lui donnèrent jusqu'aux dernières années de sa vie cette immense satisfaction : la littérature comparée continuait, s'affirmait, progressait.

« Goethe en France », « Orientations étrangères chez Honoré de Balzac », « Le Mouvement des Idées dans l'Emigration française », « Études d'Histoire littéraire », sont les ouvrages de base pour l'étude de ces problèmes. Et bien d'autres œuvres essentielles, des milliers d'articles, ne sauraient faire oublier que Fernand Baldensperger, grand humaniste, fut également mêlé à la vie musicale, à Lyon notamment, et qu'il se délassait de son travail écrasant en écrivant des poèmes ; ceux-ci parurent sous le pseudonyme de Fernand Baldenne, raccourci de son nom qu'employaient ses amis, parmi lesquels George Clémenceau, Maurice Barrès, l'ambassadeur Jules Cambon.

Des décorations, bien sûr (officier de la Légion d'honneur, des ordres de maints pays), l'honorariat de quantité d'Universités, l'Académie des Sciences morales et politiques, plusieurs académies étrangères, mais le titre auquel il tenait certainement le plus, était cette fidélité de ses anciens étudiants, plus durable et plus profonde que toutes les étiquettes officielles.