vendredi 3 juillet [1936] Chers amis,

C'était moins grave que je ne craignais. Ce sera une affaire de métallurgie et non de chirurgie. Mais il était temps (après cela, il faut vous gratter l'os, vous en remettre des morceaux en argent, etc. – je me suis arrêté à temps.) Pour l'instant, je reste toujours la tête enveloppée de compresses chaudes, et quand l'enflure aura cessé la métallurgie pourra commencer. Bientôt, j'espère, et je pense pouvoir aller lundi ou mardi à la revue.

Voici les « Dernières paroles du poète ». Dites-moi ce que vous en penserez après une lecture silencieuse (qui déçoit souvent) et s'il est publiable, dans Mesures p.ex. [par exemple] – À moins, c'est une idée que j'ai derrière la tête depuis quelque temps, que l'on ne constitue un groupe de poètes qui refuseraient de faire imprimer leurs œuvres mais les liraient à haute voix en public (ils refuseraient à plus forte raison de les faire enregistrer sur disques). S'il fallait faire un compromis avec une coutume trop ancienne, les poèmes lus devraient seulement être inédits et la première édition imprimée (s'il y a lieu) serait exclusivement réservée aux auditeurs.

La poésie y gagnerait, en tout cas l'espèce de poésie qui m'occupe. Les poètes y réapprendraient peu à peu l'art de parler et se dégageraient de l'esclavage de l'imprimé. Et ils finiraient même par réapprendre l'improvisation. Je vois fort bien Audiberti troubadour. Et moi, j'apprendrai la guitare. Et Clot la viole d'amour, pour accompagner ses élégies.

Matériellement, les poètes y gagneraient des « cachets » suffisants, surtout si le snobisme s'en mêle.